peaceful dirt path through lush greenery

Série « Les 53 Piliers du nouveau cycle »: Le vide entre deux identités : quand l’ancienne version de soi ne fonctionne plus

Bonjour,

Il y a un moment dans certaines transformations où quelque chose de franchement agaçant se produit.

Tu n’es plus vraiment la personne que tu étais.

Mais tu ne sais pas encore très bien qui tu es devenue.

Et surtout, tu n’arrives plus à fonctionner comme avant.

Les anciennes stratégies ne marchent plus.

Les anciennes relations ne te nourrissent plus de la même manière.

Certaines ambitions ont perdu leur goût.

Certaines habitudes deviennent presque impossibles à maintenir.

Tu peux même avoir l’impression d’avoir perdu quelque chose.

Alors qu’en réalité, tu es peut-être simplement en train de perdre une identité qui avait fini par devenir trop étroite.

Bienvenue dans l’entre-deux.

Cet endroit merveilleux où l’on n’a plus envie de retourner en arrière, mais où l’on n’a pas encore reçu le plan de construction de la suite.

Quand l’ancien soi cesse de fonctionner

Une identité n’est pas seulement une manière de se définir.

C’est aussi un ensemble de comportements, de réflexes, de relations, de choix et de récits qui donnent une certaine stabilité à la vie.

« Je suis celle qui aide. »

« Je suis indépendante. »

« Je suis celle qui tient bon. »

« Je suis la personne raisonnable. »

« Je suis spirituelle. »

« Je suis celle qui ne demande rien. »

« Je suis ambitieuse. »

« Je suis celle qui comprend les autres. »

Ces identités peuvent être utiles.

Jusqu’au jour où elles deviennent des cages particulièrement bien décorées.

Le problème, c’est qu’une identité ancienne ne disparaît pas nécessairement parce qu’on a compris qu’elle nous limitait.

Elle disparaît lorsque nous cessons progressivement de l’alimenter.

Et cette période peut être très inconfortable.

Parce que l’ancien comportement procurait une forme de sécurité.

Même lorsqu’il faisait souffrir.

Le paradoxe : aller mieux peut temporairement donner l’impression d’aller moins bien

C’est une réalité que l’on évoque peu.

Certaines transformations ne commencent pas par davantage de clarté.

Elles commencent par une perte de repères.

Tu sais soudain ce que tu ne veux plus.

Mais tu ne sais pas encore ce que tu veux à la place.

Tu ne peux plus accepter certaines choses.

Mais tu ne sais pas encore comment construire autre chose.

Tu vois plus clairement certains mécanismes.

Mais cette lucidité ne produit pas immédiatement une solution.

Et c’est là que beaucoup de personnes paniquent.

Elles interprètent le vide comme un échec.

Elles se disent :

« Avant, au moins, je savais quoi faire. »

Évidemment.

Tu avais un scénario.

Il était peut-être mauvais.

Mais il avait le mérite d’être connu.

Le cerveau préfère souvent une situation familière inconfortable à une situation inconnue potentiellement meilleure.

Le spirituel n’échappe pas à cette mécanique.

On peut avoir fait vingt retraites, lu trente livres sur la conscience et médité suffisamment longtemps pour avoir développé une relation intime avec son coussin…

et continuer à avoir peur du vide.

Le coussin n’est pas responsable.

Le vide n’est pas forcément un manque

Dans notre culture, nous avons tendance à considérer le vide comme quelque chose qu’il faut immédiatement remplir.

Pas de réponse ?

Cherchons.

Pas de projet ?

Créons-en un.

Pas de relation ?

Rencontrons quelqu’un.

Pas de direction ?

Faisons un test de personnalité.

Pas de signe ?

Demandons-en un.

Pas d’inspiration ?

Consommons du contenu.

Nous supportons très mal les périodes où rien ne semble devoir être ajouté.

Pourtant, dans une transformation profonde, le vide peut avoir une fonction.

Il permet à l’ancien système de perdre sa cohérence.

Tu ne peux pas toujours construire immédiatement une nouvelle structure tant que l’ancienne occupe encore tout l’espace.

Il faut parfois une période de dissolution.

Pas pour rester dans le néant.

Mais pour éviter de reconstruire exactement la même chose avec un papier peint différent.

Le piège de la nouvelle identité spirituelle

Il existe toutefois un piège subtil.

Quand une ancienne identité tombe, nous pouvons en fabriquer immédiatement une nouvelle.

Et particulièrement dans les milieux spirituels.

Avant :

« Je suis une personne blessée qui doit être réparée. »

Après quelques années :

« Je suis une âme ancienne en mission. »

Avant :

« Je suis trop sensible. »

Après :

« Je suis hypersensible et donc je ressens les énergies que les autres ne perçoivent pas. »

Avant :

« Je ne sais pas quoi faire de ma vie. »

Après :

« Je suis dans une phase de gestation vibratoire. »

Parfois, oui.

Et parfois…

on a simplement changé le vocabulaire sans changer le mécanisme.

L’identité spirituelle peut devenir une nouvelle manière de se raconter.

Plus valorisante.

Plus sophistiquée.

Mais toujours aussi rigide.

Une véritable transformation ne consiste donc pas à remplacer une étiquette par une autre.

Elle consiste à devenir suffisamment libre pour ne plus avoir besoin de tout expliquer par une étiquette.

Qui es-tu quand tu ne joues plus ton ancien rôle ?

C’est une question beaucoup plus inconfortable.

Si tu n’es plus celle qui sauve, qui es-tu ?

Si tu n’es plus celle qui endure, qui es-tu ?

Si tu n’es plus celle qui prouve sa valeur, qui es-tu ?

Si tu n’es plus celle qui cherche constamment à être comprise, qui es-tu ?

Si tu n’es plus celle qui attend d’être choisie, qui es-tu ?

Et surtout :

que fais-tu lorsque personne ne te demande plus de jouer ce rôle ?

C’est ici que l’identité rencontre quelque chose de très profond.

Certaines personnes ne souffrent pas uniquement de ce qu’elles ont vécu.

Elles souffrent aussi de ne plus savoir quelle place occuper lorsqu’elles cessent de reproduire ce qu’elles ont vécu.

L’ancien rôle avait une utilité sociale.

Il donnait une place.

Il permettait d’être reconnu.

Il pouvait même procurer de l’amour.

Abandonner ce rôle signifie donc parfois accepter une période où l’on est moins lisible pour les autres.

Et cela demande du courage.

Le nouveau ne ressemble pas toujours à ce que tu avais imaginé

Autre difficulté : nous avons souvent une vision très esthétique de la transformation.

On imagine qu’après avoir traversé nos blessures, nous allons devenir une version plus lumineuse, plus sûre, plus organisée, plus puissante de nous-mêmes.

Pourquoi pas.

Mais la réalité peut être beaucoup moins spectaculaire.

Tu peux simplement devenir quelqu’un qui répond moins vite.

Qui dit non.

Qui dort davantage.

Qui travaille moins mais mieux.

Qui ne cherche plus à convaincre.

Qui ne veut plus sauver tout le monde.

Qui accepte de gagner de l’argent sans inventer une justification philosophique.

Qui ne poursuit plus certaines personnes.

Qui ne cherche plus à être exceptionnel.

Et cette dernière possibilité est particulièrement intéressante.

Parce qu’une partie de la transformation peut consister à cesser de devoir être quelqu’un de spécial pour avoir le droit d’exister.

Cela ne diminue pas ta puissance.

Cela la débarrasse simplement de son besoin de démonstration.

Comment traverser l’entre-deux sans le remplir artificiellement ?

Il ne s’agit pas de rester passif.

Le vide n’est pas une invitation à attendre indéfiniment.

Il s’agit plutôt de distinguer le vide fertile du vide évité.

Le vide fertile permet d’observer.

Le vide évité pousse à remplir.

Quelques questions peuvent aider.

Qu’est-ce que je fais aujourd’hui uniquement parce que c’est ce que « l’ancienne moi » aurait fait ?

Cette question permet de repérer les automatismes.

Quelle personne essaierais-je encore de convaincre que j’ai changé ?

Très souvent, la réponse révèle une ancienne relation intérieure.

Si je n’avais plus besoin de prouver ma valeur, que ferais-je différemment ?

Pas dans dix ans.

Maintenant.

Qu’est-ce qui est devenu impossible pour moi ?

Ne sous-estime pas cette question.

Ce que tu ne peux plus tolérer peut être aussi révélateur que ce que tu désires.

Ne remplis pas trop vite l’espace

Un terrain vient d’être débarrassé de ses anciennes constructions.

La première tentation est de rebâtir immédiatement.

Mais toute terre n’a pas besoin d’être occupée.

Certaines choses doivent être laissées ouvertes suffisamment longtemps pour que l’on découvre ce qui mérite réellement d’y être construit.

Dans le nouveau cycle, la naissance ne vient pas forcément juste après la dissolution.

Il existe un entre-deux.

Un temps où la structure précédente a perdu son pouvoir, tandis que la nouvelle impulsion vitale cherche encore sa forme.

Ce moment demande de la foi, mais pas une foi aveugle.

Une foi beaucoup plus adulte :

la capacité à ne pas confondre absence de forme et absence de direction.

Tu n’as pas toujours besoin de savoir exactement ce qui arrive pour savoir que quelque chose ne peut plus continuer comme avant.

Le véritable changement d’identité

Finalement, changer d’identité ne consiste peut-être pas à pouvoir dire :

« Je suis devenue quelqu’un d’autre. »

C’est parfois beaucoup plus simple.

Tu fais différemment.

Tu choisis différemment.

Tu supportes différemment.

Tu refuses différemment.

Tu aimes différemment.

Tu travailles différemment.

Tu utilises ton énergie autrement.

Et un jour, tu réalises que tu n’as même plus besoin de raconter ton changement.

Ta vie le raconte à ta place.

C’est peut-être cela, la véritable incarnation.

Pas devenir une version spectaculaire de soi.

Mais devenir suffisamment cohérent pour que l’ancien soi n’ait plus besoin d’être défendu.

Le vide entre deux identités n’est donc pas forcément un endroit où quelque chose manque.

C’est parfois l’espace dans lequel une ancienne définition de soi cesse de commander.

Et lorsqu’elle cesse de commander, une autre question apparaît.

Pas :

« Qui suis-je maintenant ? »

Mais :

« Qu’est-ce que je choisis lorsque je n’ai plus besoin d’être fidèle à celle que j’étais ? »

C’est là que commence un autre mouvement essentiel du nouveau cycle :

le choix conscient — non plus comme réaction à l’ancien monde, mais comme acte créateur.

Le prochain pilier sera consacré à cela : choisir sans attendre que tout soit sécurisé, confirmé ou parfaitement compris.

Belle journée.


Comments

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Le prisme de la spiritualité

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture